samedi 6 septembre 2008

19. Tragédie à l'Everest - Jon Krakauer

Tragédie à l'Everest, de Jon Krakauer. Avec un remarquable sens de l'humilité et de la compassion, Jon Krakauer raconte les événements qui ont mené, le 10 mai 1996, à la pire catastrophe d'escalade de l'Everest. Ce jour-là, quatre expéditions en route vers le sommet furent surprises par une violente tempête; des trente-quatre alpinistes qui tentaient d'atteindre le sommet, huit ont péri et quelques autres ont subi des amputations suite à des engelures.

Les causes de la catastrophe sont nombreuses. Au premier chef, la commercialisation de l'Everest. En effet, les fenêtres d'accès pour atteindre le sommet sont, somme toute, assez courtes et les expéditions se mettent généralement en marche à peu près au même moment, convergent et créent un embouteillage au sommet. (Au début de mai 96, il y avait environ 350 grimpeurs, guides et sherpas sur les pistes du plus haut sommet du monde.) Et dans la mesure où les membres ont payé souvent plus de 50 000 $ pour arriver au sommet, il y a une pression sur les guides pour mener leur troupe au sommet
au mépris de la prudence et du bon sens. C'est ce qui s'est produit le 10 mai 96.

Si les guides avaient usé de prudence et préparé la descente dans les meilleures conditions, le sommet aurait été évacué dès 11 heures le matin; or, à 15 heures, des grimpeurs montaient encore et attendaient leur tour pour atteindre le sommet. Quand la tempête (chute des températures accompagnée de blizzard) a frappé vers 17 heures, la noirceur avait envahi les lieux et la catastrophe était inévitable.

De plus, les grimpeurs sont de plus en plus des amateurs en mal d'exploit (grimper le plus haut sommet de chaque continent, très populaire) ou de sensations fortes. Ils sont en forme physiquement (encore que pas toujours) mais ils ne sont pas aguerris pour une ascension aussi difficile que celle-là. Finalement les bouteilles d'oxygène, qui permettent aux expéditions de monter plus vite, sans procéder aux périodes d'adaptation au manque d'oxygène, créent un faux sentiment de sécurité chez les grimpeurs.

Ajoutez là-dessus une tempête imprévue d'une rare violence... (Depuis 1996, il semble que les autorités népalaises aient changé pour le mieux les conditions d'émission des permis d'ascension.)

Jon Krakauer était du nombre de l'équipe la plus touchée. Le récit de cette tragédie est haletant. Une des choses qui m'a troublé, c'est l'absence de moralité des alpinistes, ou plutôt le retour à une moralité de survie. Par exemple, au moins trois des personnes décédées lors de cet événement, ont été abandonnées vivantes à leur sort parce que l'effort nécessaire pour les ramener au camp mettaient en péril la survie de ceux qui tentaient de leur porter secours. (La vraie amoralité, ou moralité rustique, disons, est démontrée par cette équipe japonaise qui, montant au sommet la journée après la catastrophe, est passée devant deux alpinistes pakistanais en perdition, mais toujours vivants, sans arrêter leur ascension. Les Japonais ont continué à grimper et, lors de leur descente, ont retrouvé le cadavre d'un des Pakistanais tandis que l'autre avait disparu...)

Ce qui élève ce récit au-delà de l'anecdote, c'est bien évidemment la participation active de Krakauer à l'expédition, de l'ascension, à la catastrophe, à la descente. Son comportement n'est pas sans reproche. Il a abandonné des gens à la mort, c'est un fardeau qui le hante.

Un livre dur qui parle de la folie des hommes, de l'attrait de l'exploit, du pouvoir de l'argent, de la moralité confrontée à la réalité. Fortement recommandé.

Tragédie à l'Everest (Into thin air)
Jon Krakauer
Presses de la cité
310 pages

Cote 9 / 10

2 commentaires:

Pat a dit…

Cela doit être toute une expérience que d'escalader ces hautes montagnes. J'ai déjà lu quelque part (je me souviens pu où) que des personnes avaient déjà aperçu des ossements sur leur route vers le sommet de l'Everest. C'était peut-être les restants de cadavres mentionnés dans ton commentaire.

Je me demande si on sort grandi ou traumatisé de ce genre d'excursion. Un mélange des deux?

richard tremblay a dit…

Dans le livre, Krakauer raconte que les alpinistes de très haute ascension font souvent des découvertes macabres. Ils se contentent alors de signaler les corps aux autorités de la montagne et les cadavres sont souvent laissés là, compte tenu des conditions extrêmement difficiles pour les redescendre. C'est un aspect moins glorieux de l'alpinisme.