Pour Hanson, les Grecs de l'époque classique ont inventé un modèle de combat qui a survécu jusqu'à notre époque, du moins en Occident, et c'est incrusté dans l'esprit des gens. Ce modèle, c'est celui de la bataille décisive. « Les batailles d'hoplites étaient des luttes entre petits propriétaires fonciers qui, d'un commun accord, cherchaient à limiter la guerre et, partant, la tuerie en un affrontement unique, bref et cauchemardesque. »Pour les Grecs, la bataille était une affaire sérieuse, qu'ils ne cherchaient nullement à rendre romantique. L'iconographie de l'époque abonde d'images réalistes d'hoplites blessés, de fantassins aux flancs percés, agonisants ou morts...
Ce qui est absolument fascinant dans ce livre magistral, c'est qu'au-delà de l'omniprésent propos philosophique et historique (auquel on ne peut échapper et qui donne tout son poids à l'ouvrage), Hanson arrive à décrire l'intensité de l'affrontement des phalanges selon le point de vue de l'hoplite.
Elles sont absolument saisissantes les descriptions qu'il fait de ce que le fantassin pouvait éprouvé, de ce qu'il voyait du champ de bataille (ou de ce qu'il n'en voyait pas – car pour les soldats des rangs situés au-delà du troisième ou quatrième, il n'y avait rien à voir sinon le dos du camarade qui poussait devant et sur le dos duquel il poussait lui aussi), les cris, la sueur, la montée d'adrénaline, le choc de l'engagement, ce choc terrible de deux phalanges lancées l'une contre l'autre au pas de course, les hommes courant derrière leurs boucliers de bronze, la lance portée sous le bras avec un angle remontant pour atteindre l'ennemi à l'aine ou à la cuisse, l'unité de la phalange, sa cohésion militaire qui relevait tant de la cohésion sociale. Tout ça est aussi bon que le meilleur des romans, mais ici totalement documenté par les poètes et historiens de l'époque, l'analyse des fresques, des vases et des poteries. On reste ébahi par l'art du conteur et par l'érudition du maître.
L'avant-dernier chapitre, qui porte sur les blessures subies à la bataille, demande un cœur solidement accroché. Moi qui ai pourtant l'habitude de ce genre de littérature, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un frisson aux multiples types de blessures que les hoplites pouvaient subir et décrites avec un luxe de minutie par les médecins du temps.
Cote 10 / 10
Le Modèle occidental de la guerre (The Western Way of War)
Victor Davis Hanson
Tallandier - Texto
288 pages
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