Le nouveau numéro de Brins d'éternité est arrivé, avec sa jolie couverture à la Elle-Québec, les oreilles en plus.Le bon vieux temps, de V.K. Valev. La nouvelle qui ouvre la revue souffre d'un problème assez costaud : l'incohérence gênante des agissements du protagoniste principal. Un homme veut soulager la femme qu'il aime de la maladie qui la mine. Elle se porte volontaire pour un traitement révolutionnaire, dont les 12 premières heures sont critiques. Que fait cet individu une fois le traitement administré ? Le gars ne trouve rien de mieux à faire que d'aller pointer au travail comme si rien n'était, laissant sa femme seule à la maison ! Beau trou de cul, si vous voulez mon avis. Et le médecin, pas plus fin, qui laisse retourner chez elle la patiente pendant cette même période critique, sans surveillance, une volontaire pour mener des tests, au mépris de tout espèce de protocole expérimental ! Bravo la médecine ambulatoire ! On a ici affaire à un absence de crédibilité (voire de sens commun) dans les agissements des personnages qui vient gruger la base même de l'histoire. On se dit : ou bien l'auteur a tenté de créer des personnages amoraux aux comportements fichtrement discutables (dans ce cas, c'est réussi) ou il a tenté d'en passer une petite vite à ses lecteurs (chou!). Au-delà de ça, l'histoire est pas mal, et la fin prenante, mais pour moi ça a parti tellement tout croche que je n'ai pas été capable de me raccrocher. 4 / 10
Racines, d'Émilie C. Lévesque. Une bien meilleure nouvelle que la précédente, malgré une fin qui est faxée dès le titre. Par bonheur, l'écriture est riche et parfaitement contrôlée. Le texte baigne dans une ironie amusée, et la métaphore est suffisamment limpide pour que le lecteur le plus bête (moi) puisse la saisir sans l'aide d'un guide. La fin est cute, bien que sans surprise. Une thématique solidement assumée de bout en bout. 7,5 / 10
Le passeur, de Georges Boulevard. Pas capable. L'écriture est formidable, on peut lire les phrases une à une, les réciter à voix haute, et les trouver magnifiquement bien tournées, mais je n'ai pas accroché et me rendre à la fin ne s'est pas fait sans peine. 2 / 10
Le crépuscule de Baby, de Josée Boudreau. Il y a dans cette nouvelle deux très bonnes choses, un univers riche décrit à travers une réflexion sur la solitude et les apparences, et un personnage qui a une véritable résonnance humaine. Par contre, l'écriture demeure appliquée tout au long, les phrases sont sages, trop pleines de mots (lisez, vous comprendrez)... De plus, le texte est alourdi par une gaucherie un peu empesée qu'il faut simplement mettre sur le compte de l'inexpérience. Le fait est que Boudreau a déjà une voix personnelle, ce n'est pas rien, c'est une promesse... 6,5 / 10
On notera que Brins d'éternité passe dorénavant à la nouvelle orthographe. Hum, ce n'est que mon opinion, mais goût, sans accent circonflexe, ça n'a pas de gout.
Un numéro qui m'a laissé sur mon appétit.
Cote 5 / 10
9 commentaires:
Merci de ton commentaire sur ma nouvelle, Richard!
Elle était super. J'ai hâte de lire celle à paraître dans Katapulpe.
Je te remercie, d'autant plus que je te sais assez sévère dans tes critiques :-)
Je prends ça comme un compliment ;-)
En passant, par rapport à tes récentes interrogations sur l'écriture, je ne sais pas si tu connais Élisabeth Vonarburg ? Elle donne des ateliers d'écriture à chaque année à Montréal au printemps généralement. C'est une voie royale pour mieux concevoir et écrire des textes de sf et autres genres assimilés. Elle est vraiment excellente. C'est un must. Je sais que Mathieu Fortin, Alexandre Lemieux, Jonathan Reynolds, Caroline Lacroix y ont participé...
J'ai participé à un atelier en 85 (eh oui, en 85)et c'est là que j'ai appris à «lire» un texte. Contacte la sur son site ou demande à M ou à Jonathan ce qu'ils en pensent.
Très intéressante et étoffée, cette critique de Brins 20 !
Sinon, merci pour le lien vers mon blog, c'est apprécié.
Merci idem pour le lien vers la critique.
Si j'avais autant de guts que toi, je mettrais sur mon blog un extrait de ma nouvelle pour Biscuit Chinois (enfin je crois que c'est ça, sinon ça parle de viande).
Oui, c'est bien ma nouvelle pour Biscuit Chinois, quoique en version non corrigée (je l'ai terminée hier). Je me donne deux semaines sans la relire et ensuite je vais débuter les corrections... Bonne écriture de ton côté également :)
Bon, on dirait qu'on sera plusieurs à soumettre à ce numéro, chez Biscuit Chinois! ("On" impliquant la personne qui parle, seulement si elle finit par s'y mettre avec un peu plus d'ardeur...)
Pour ma part, je partage assez tes impressions quant à la nouvelle de Georges Boulevard, qui m'a semblé aussi compréhensible qu'un poème de Gauvreau, en moins signifiant. Par contre j'ai vraiment apprécié la nouvelle de Boudreau, qui parvient très bien à faire sentir l'angoisse.
La nouvelle orthographe, c'est "ma faute", au fait! Je frissonne encore par moments quand je corrige (comme avec gout), mais la raison l'emporte sur mon coeur (que de belles tournures), et je trouve une imbécilité que d'écrire ce dernier mot avec deux l (orth. trad.). Les mioches sont déjà assez pourris en français comme ça, pas besoin de leur ajouter des incongruités orthographiques!
Bienvenue sur le site, C majuscule. La nouvelle de Boudreau est assez efficace et j'aurais p-ê dû le mentionner plus clairement.
Pour ce qui est de la nouvelle orthographe, il était évident qu'il fallait qu'on y vinsse (!) un jour. Les vieux kroums dans mon genre peuvent pleurer de nostalgie, la marche du temps nous bouscule toujours. On va s'y faire.
Par curiosité, comment as-tu découvert le site ?
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