jeudi 26 juin 2008

Le Nobel 2438

Ce qui suit n'est ni une nouvelle, ni un conte, c'est rien du tout à vrai dire. Ça devait faire partie de quelque chose de plus costaud, un genre de roman style Tous à Zanzibar, ce qui n'aura pas lieu (il fut un temps où j'avais ce genre d'ambitions). Donc ce texticule (marque déposé, merci) en forme d'hommage est offert aux deux ou trois lecteurs de ce blog. (Tous à Zanzibar, aie, aie, ça ne nous rajeunit pas !)

Le Nobel 2438

Élisabeth V. a reçu hier à l'unanimité le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre. Fait unique sur lequel la presse a beaucoup insisté, c'est la troisième fois que l'illustre écrivaine reçoit le Nobel, qu'elle avait déjà accepté en 2032, puis en 2277.

C'est le clone 128 qui a prononcé le discours de réception à la Nouvelle-Stockholm, sur la quatrième de Bételgeuse. Un discours fleuve de seize heures et demie tout à fait dans la manière de la récipiendaire. L'œuvre d'Élisabeth V. et de ses 128 clones (dont six sont encore fonctionnels, tous auteurs prolifiques, de romans, d’essais, de chansonnettes et de jingles quantiques très recherchés en astronavigation) atteint maintenant plus de six mille titres. Au total, son œuvre a été lue, vue, perçue, consommée, ingurgitée, ou généralement assimilée, par plus de cent quarante milliards d'individus.

Le 128e clone de l'illustre écrivaine, née, rappelons-le, au 20e siècle, c'est-à-dire avant les Catastrophes, les Sept migrations et le Dernier spasme, a souligné les grandes qualités de générosité, d'humanisme et d'intelligence dont elle assurait la lignée. Le clone 128 affirme que le clone 129 sera bel et bien le dernier de la lignée directe. En effet, à l’origine, Élisabeth V. avait choisi un clonage vertical, dit protohéréditaire. Une légère rectification génétique viendra corriger certaines anomalies esthétiques et d'ordre social encore vivaces de l'original.

Le clone 129 est déjà en bouturage et devrait voir le jour d'ici deux années standard.

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